loupererien
Considérations sur les émeutes ayant hanté Zureich ces derniers temps
Suisse
dimanche 2 octobre 2011, par Anonyme
Tags: Révolte sociale

I.

Après les premières émeutes au Bellevue, les médias se sont jetés dessus comme sur du pain béni. Ce qui était à attendre. Ils ont tous trifouillé leurs « spécialistes » pour analyser la nature du « problème ». Le problème de « la jeunesse ». Tout d’abord pour s’en distancer. Car la jeunesse, Monsieur et Madame Toutlemonde le savent, ce n’est pas nous, et leurs problèmes, ON ne les a pas. ON est choqué.

« La jeunesse » ne veut bien sûr rien, ON le sait, ou, autrement dit, rien dont ON ne devrait se préoccuper. Car si les gens sont vraiment mécontents, ils peuvent évidemment « fonder un parti », « manifester pacifiquement » et ainsi de suite... Bien sûr. Car, comme ON le sait, chacun a la possibilité de le faire.

Les citoyens n’affrontent bien sûr que les problèmes qu’ils peuvent résoudre. Si bien que le seul problème qu’on reconnaît, c’est la jeunesse en tant que telle, mais certainement pas « leurs problèmes ». De toute manière, rien de ce qui ne doit pas être reconnu ne sera reconnu. Cela sera traité comme tout ce qui ne convient pas : en tant que criminalité.

Ce qui choque cependant surtout les citoyens, c’est exactement ce fait-là ; qu’il n’y ait pas de revendications, que les peu de gens ayant pu être interviewés par les médias n’essayent même pas de se défendre contre les reproches qu’ON leur fait...

« Si j’ai pensé au fait que des flics peuvent être blessés ? Bien sûr, c’était bien ça le but du truc. »

Ça ne va bien sûr pas. Blesser des humains « sans raison ». Ici, si quelqu’un blesse des humains, c’est bien sûr la police. Ce qui est légitime. Elle a une bonne raison : la sacrosainte propriété et l’État, aussi connues sous un nom qui prête un peu à confusion : la démocratie.

II.

Ainsi, tout est finalement réduit au « problème de la jeunesse ». Il n’y a pas de problème hormis celui que « la jeunesse » fait semblant d’avoir ; qu’elle ne peut – comme ON le sait – tout simplement pas avoir.

Tout le débat spectaculaire est divertissant. Les citoyens font leur monologue et n’arrivent pas à voiler le fait qu’ils n’ont pas la moindre idée. Nous ne comprenons pas pourquoi certains s’énervent du fait que les médias spectaculaires ne font que dénigrer les émeutes et qu’ils reproduisent simplement la propagande des flics. Ceci n’est pas nouveau et c’est tout simplement le but de ces médias.

Cela ne sert pas à grand-chose que les médias nous acceptent en tant qu’interlocuteurs ou en tant qu’opposition prise au sérieux sauf à ce que les organisations se jettent sur nous pour nous intégrer, pour nous prêter de buts erronés et pour finalement retirer toute vie.

Nous n’avons finalement rien à leur dire sauf ce qui a suffisamment été communiqué par les émeutes.

III.

Les « fêtes illégales » à Zureich* existent depuis longtemps. Elles ont une histoire. Déjà il y a un an, il y a eu une émeute après un RTS. A l’époque, les médias étaient encore bien plus ignorants. Ces derniers temps, de plus en plus de « fêtes illégales » ont été dissoutes. Elles étaient souvent trop petites pour être défendues, ou du moins, c’était ce que beaucoup pensaient. Que ça allait péter au Bellevue était d’une certaine manière prévisible, même si peu de monde se serait attendu à des remous d’une telle ampleur.

Bien sûr, les émeutes étaient en lien avec les espaces libres. Mais pas seulement. Le point, c’est que tout l’espace est sous occupation policière. Et que les citoyens aiment jouer à la police de temps à autre. Qu’il n’y a pas de lieux où les gens peuvent se rencontrer hormis des espaces complétement pacifiés et protégés par des sécus. C’est le quotidien, le vide. Que nous n’avons pas envie de nous soumettre et que, le jour où l’on est enfin suffisamment nombreux, nous passons à l’attaque. S’il y a de l’ambiance.

Le point c’est, pour le dire avec les mots de Claude Ribaux, un sociologue du 20 Minutes, c’est « que nous ne sommes pas nés civilisés » et que nous n’avons rien à foutre de l’ « éducation ». Et que nous sommes tout à fait capable de mener une réflexion là-dessus...

IV.

Bien sûr, il est clair qu’aucune révolution n’a éclaté jusqu’à maintenant et il n’est même pas clair si une continuité se développe, mais il est clair aussi que « les émeutes du Bellevue » ont été un événement social, que des gens divers, n’ayant ordinairement pas de rapports entre eux, ont créé quelque chose ensemble. Et que la même chose est arrivée seulement une semaine après, même si la police a débarqué avec toute son armada. Ce qui a malheureusement été fatal pour certains. Nous souhaitons donc ici à tous ceux qui sont toujours en taule beaucoup de force et de rage.

Nous ne pouvons que deviner pourquoi il n’y a pas eu d’émeutes ce week-end-ci [du 24/25 septembre]. Il est clair que certains ont essayé de se rassembler mais tout Zurich était rempli de flics. C’est peut-être aussi parce que certains étaient en train d’occuper un site qui a des bonnes chances de devenir le nouveau squat culturel de Zureich.

Nous en tout cas, nous espérons que ce « spectre » continue à « hanter ». Qu’il y ait de plus en plus de troubles sociaux. Que tout ça se répande à d’autres villes, ce qui « risque » déjà d’arriver. Que de telles émeutes se transforment en véritables insurrections paraît toutefois invraisemblable, mais ces derniers week-ends l’étaient aussi.

Peut-être, ces émeutes ne sont qu’un « effet de mode ».
Peut-être.
Peut-être pas.

Le pari est lancé.

* "Zureich" est un jeu de mots avec le nom de la ville, "zu reich" voulant dire "trop riche" en allemand

Source : Indymedia Suisse allemande

Traduit de l’allemand par Le Réveil

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